samedi 11 octobre 2008

L'homme qui ne riait plus







Nous non plus, on ne comprend pas, Woody...









Je suis désolé de contredire tous mes (faux-) espoirs du dernier post. Pardon...
Y a-t-il au monde un réalisateur dont on parle autant du nouveau film en disant, « le dernier untel » ?

   Non. C’est normal, ça fait toujours bien en situation mondaine et ça sous-entend qu’on a vu tous les précédents, ce qui est bien entendu faux. 
   Vicky Cristina Barcelona, qui est donc «le dernier Woody Allen », n’est pas vraiment raté, mais en tant que spectateur et fan, on est tout de même en droit de se poser certaines questions. En effet, W. A. a fini ces dernières années par tout faire pour que son public ne puisse pas rire en regardant ses films : il a réussi.
   En effet, le problème de ses films récents, c’est l’abandon délibéré du ton comique qui faisait le caractère jubilatoire de Annie Hall, Manhattan et Harry dans sous ses états. D'autre part, Woody Allen en tant que personnage s'est progressivement retiré de ses films; dans Scoop, il distillait encore ça et là quelques-unes des sentences hilarantes dont il a le secret, mais depuis, il a totalement disparu de l'écran. Avec Vicky Cristina Barcelona, il apporte moins de réponses, que de nouvelles questions à celles que l'on se posait déjà ces dernières années. 
  Son propos sur l'amour, parfois judicieux, souvent lourd, sa volonté de quitter une nouvelle fois New York, compréhensible mais prenant ici la forme d'une Espagne souvent réduite à une caricature sans second degré, et sa décision manifeste de ne plus utiliser l'humour comme élément central de son cinéma, laissent songeur et ne convainquent malheureusement pas. Déception.

mercredi 8 octobre 2008

Annie Hall, Fellini, Barcelone et le dernier bouffon



1975 - Woody en a marre de Diane Keaton et de New York : 
" Je ferai bien un film à Barcelone un de ces jours, ça serait sympa"


« Le dernier Fellini n’est pas fameux…
On a l’impression qu’il n’a pas maîtrisé son sujet.
Pour moi Fellini est d’abord un grand technicien.
La Strada était un grand film mais par son contenu négatif. » 

Phrase d'un individu dans la queue du cinéma - Annie Hall - Woody Allen- 1975 )

Dans la queue de la billetterie du cinéma, il y a toujours devant ou derrière vous quelqu’un pour pontifier à tour de bras, déblatérer des sottises pendant que vous attendez pour obtenir le sésame tant désiré. Ce « quelqu’un » qu’on nommera « chieur compulsif pré-scéantique » a malheureusement un cousin non moins connu des amateurs de salles obscures : le « chieur compulsif post-scéantique », ainsi nommé parce qu’il sévit après le film, lorsque vous goûtez au plaisir de la fraîcheur de la soirée en sortant du cinéma. Les cas les plus graves en vont jusqu’à parler de la dégénérescence du cinéma français, du nez retouché de la star ou de comparer le film vu à Fight Club, alors que le générique final n’est pas encore terminé. Il est évident que ces derniers devraient être interdits de salle et condamnés à pointer au Videofutur le vendredi soir jusqu’à la fin de leur existence.
Ils rateront donc le dernier film de Woody Allen qui sortait aujourd'hui, ils ne seront donc pas là pendant que je regarderai les noms des techniciens défiler, pour me déranger en s'interrogeant - à voix haute malheureusement - sur l'influence de Bertolt Brecht sur W.A. et en disant que "finalement, Woody Allen, il a plein de points communs avec Claude Lellouch et Pedro Almodovar". 
Je vais aller voir Vicky Cristina Barcelona bientôt, et j'en espère beaucoup, il y a si peu de films vraiment drôles dans la masse des comédies qui sortent ces temps-ci. Oui, même s'il s'en défend, Woody Allen a surtout le mérite de (presque) toujours savoir qui il est, un amuseur public (penser à Woody déguisé en bouffon du roi dans le premier sketch de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander ). 
Manifestement, aujourd'hui, Woody Allen est un des derniers à encore faire son métier de bouffon un peu sérieusement...

samedi 4 octobre 2008

Paix et amour

Un lien pour les fans de Louis Garrel (il y en a il parait):
http://louisgarreladdict.free.fr/index.html 
Vous voyez, je suis gentil en fait...

vendredi 3 octobre 2008

Prolégomènes à "Star wars, un film Schmittien" : Appaloosa, un film schmittien




Ed Harris : La loi et l'ordre ? Non. La loi est l'ordre





J'ai aujourd'hui deux raisons de parler d'Appaloosa, Proto-Western de Ed Harris :

1 ) Raison N°1: parce que ça vaut mieux que La loi et l'ordre

Ceux qui ne s'intéressent qu'à Carl Schmitt et Viggo Mortensen peuvent passer à la partie 2

Il y a probablement des gens qui vont avoir envie d'aller voir (je décode entre parenthèses) La loi et l'ordre (Titre remplaçant le Righteous Kill de la version américaine, signifiant à peu près "Permis de tuer" (dommage c'était déjà pris : James Bond N° 17 (1989)). Le titre français fait référence au couple mythique du western, (non je vous le jure, ce n'est pas Eastwood/Cardinale) : la loi et l'ordre), film de Jon Avnet (réalisateur pigiste ayant déjà raté plusieurs thrillers auparavant) avec Robert de Niro (wouah), Al Pacino (waouh) et 50 (fifty) cent (sic), "par les scénaristes de Inside Man" (le dernier Spike Lee). Sur l'affiche de ce film qui nous attaque dans le métro, on peut lire une phrase merveilleuse de banalité et de bêtise héritée du Scarface surestimé de De Palma : " la plupart des gens respectent l'insigne, tout le monde respecte le flingue" ... (ô rage, ô désespoir) ... Tout est dit, ou presque, je laisse le mot de la fin à Jean-Noël Nicolau de www.écranlarge.com et à sa phrase lapidaire : "Ce n'était vraisemblablement pas suffisant pour Jon Avnet d'avoir porté un rude coup à la carrière d'Al Pacino avec ce 88 minutes de sinistre mémoire. Pour son nouveau méfait, le bonhomme voulait entraîner deux légendes dans sa galère". Le problème que pose La loi et l'ordre dans le paysage cinématographique, ce n'est pas que ce soit un nanar démystifiant deux légendes du film-de-gangster-des années70/80-réalisé-par-un -Italo-américain (est-ce encore nécessaire après 88 minutes ou Mon beau père et moi ?) c'est le fait que certains vont hésiter entre aller voir le dit film et Appaloosa. J'ai d'habitude pour principe sur cette page de ne pas dénigrer les films (si je suis par malheur confronté à une daube, ne pas en parler me semble d'ordinaire préférable), mais il faut clarifier les choses pour qu'on ne laisse pas Jon Avnet impuni, le cinéma ne s'en portera que mieux. Allez donc plutôt voir Appaloosa, dieu vous en récompensera.

2 ) Raison N°2 : parce que c'est vraiment un bon film

Les fans de Jon Avnet peuvent partir, cette partie ne les intéressera pas et de toute façon ils n'ont rien à faire sur ce blog, allez plutôt sur http://www.premiere.fr/film/la-loi-et-l-ordre

D'ailleurs, cette partie n'intéressera a priori que mes camarades de KM2, c'est un nouvel article "clin d'oeil".
En quoi Appaloosa est-il un film "schmittien" ?
Carl Schmitt est un juriste et philosophe allemand contemporain, qui a réfléchi sur le politique et le droit, les concepts de souveraineté et de guerre, notamment. 

Appaloosa n'est pas au premier abord un western original, mais il est bien mené, subtilement drôle, réunit de bons acteurs, et apporte même au genre une touche intéressante de présence féminine avec Renée Zellweger dans le rôle de la "femme libérée". C'est donc un très bon "Nouveau Western"  comme peuvent l'avoir été Open Range de Kevin Costner, ou encore les westerns des années 80 de Clint "le réalisateur" Eastwood (auquel Ed Harris semble s'identifier et l'assumer). On s'en servira ici pour chercher à mettre en évidence des éléments récurrents de la mise en scène du politique que constitue le western. En effet, le contenu d'un western, ce n'est pas la guerre, c'est la politique. Carl Schmitt et Ed Harris nous apprennent finalement que la guerre n'est pas "la continuation de la politique par d'autres moyens" (Clausewitz), mais que "la politique, c'est la guerre".

Que faut-il pour faire une guerre ? Pas grand chose, c'est très facile, nous allons le voir avec Virgil Cole (Ed Harris), le shériff de choc, et Hitch (Viggo Mortensen) , son adjoint tout aussi efficace. Pour faire une guerre dans l'ouest américain des années 1900 au cinéma, il faut:
1 / Dire qui est souverain
Selon C. Schmitt, c'est celui qui décide en situation exceptionnelle qui est souverain. La question de la souveraineté est : "qui a le fusil ? " (Mao Tse Toung). Dans Appaloosa, il est clair que c'est Virgil Cole.
Séquence 2 : les notables lui donnent les pleins pouvoirs, étant incapables de gérer la situation.
2 / Identifier un couple ami/ennemi
Selon C. Schmitt, la politique consiste d'abord à choisir ses ennemis, c'est à dire à identifier un antagoniste.
Séquence 4 : Virgil ayant amoché un de ses hommes, Bragg vient au bureau du shériff. Chacun se présente à l'autre. L'opposition sur laquelle est bâtie le film est mise en place.
3 / Mettre en place la loi
Selon Carl Schmitt, il n'y a pas de droit naturel. C'est l'Etat qui fixe les lois.
Séquence 4 : Virgil dit à Bragg de ne pas porter d'armes en ville :
"C'est la loi.
- C'est votre loi
- C'est la même chose"
4 / Appliquer la loi
Pour C. Schmitt, qui s'inscrit alors dans la filiation de Max Weber, l'Etat a le "monopole de la violence légitime".
Séqunce 5 : Virgil va faire appliquer la loi par la violence en donnant un coup à l'homme de main de Bragg s'étant rapproché de la ville avec ses armes. Par la même occasion, il définit le territoire qu'il régit. "It's out of your juridiction - Oh yeah ?"

Une fois ces différents éléments amenés, il est fréquent qu'il y ait une guerre, en particulier dans les westerns. Alors, la question du déroulement de la guerre intervient.
1 / La victoire, et le jugement des vainqueurs
Séquence du procès : vainqueurs font condamner Bragg ; Bragg, le méchant, se défend par des arguments libéraux ( la liberté de l'américain, le droit à la vie) et surtout assez fumeux. Ce film est donc bel et bien schmittien !
2 / L'alliance avec l'ancien ennemi
Pour Schmitt, on ne peut concevoir le politique sans couple ami/ennemi.
Episode de l'attaque des indiens : les anciens ennemis sont contraints de s'allier pour faire face aux indiens. Mais cette alliance n'annihile pas le couple ami/ennemi : cette antagonisme est réveillé dès que la menace des indiens disparaît.
3 / La violence hors la loi
Pour Schmitt, la guerre ne peut être qu'une guerre "juste", c'est à dire qu'elle ne peut se faire qu'entre Etats.
Séquence finale : Hitch se bat en duel (hors la loi) contre Bragg et le tue. Il résout ainsi un problème politique par un moyen non-politique. Il se bannit donc lui même et choisit de quitter la ville/cité/état.

Ainsi, ce western se détourne de la mode actuelle, à savoir l'ambiguïté morale des personnages, l'anti-manichéisme, en affirmant l'absence de la morale en politique, élément essentiel selon Carl Schmitt dans la définition du politique. Cela nous mène finalement à l'interrogation suivante : depuis plus de 50 ans, les populations des démocraties occidentales se passionnent pour le western, genre mettant en scène la politique, en tant qu'antagonisme. Le goût pour le western traduirait-il finalement dans les démocraties libérales, une nostalgie de la politique ?

mercredi 1 octobre 2008

à venir...



Carl Schmitt : des émules du côté de l'étoile noire ?


Dans les semaines à venir, on peut espérer voir apparaître ici quelques nouveaux articles :  " Star wars, un film schmittien", le plus réclamé, mais aussi plusieurs regards sur Batman, le grand film américain de la rentrée, sans doute également un article sur Apaloosa, de Ed Harris, et un autre sur Quantum of Solace.

mardi 30 septembre 2008

la photo du jour...


Je n'ai rien de spécial à dire sur Paul Newman, comme la plupart des gens en ce moment, du coup, comme eux, je met une photo et un commentaire à deux francs.
J'ai vu un jour un bout d'Exodus à la télé, sans le finir, mais la mort de P. N. me fait penser que j'aimerais bien le voir en entier.

dimanche 28 septembre 2008

L'escroc qui m'aimait : Stavisky rencontre bebel


Stavisky, un film d’Alain Resnais (1974 )
sur un scénario de Jorge Semprun
avec Jean-Paul Belmondo, François Périer, Anny Duperey
qui revient sur l'affaire Stavisky et son principal protagoniste.

(Premier film de la série "le cinéma des KM2", dans lequel je parlerais des films que j'aurai vus qui ont un lien avec mon programme scolaire.)

1 / Rappel historique (tiré de Wikipédia)

"L'Affaire Stavisky est une crise politique française survenue en décembre 1933, succédant au décès dans des circonstances mystérieuses d'Alexandre Stavisky. Ce scandale devait symboliser la crise d'un régime instable soupçonné de corruption et contribuer à la chute du gouvernement Camille Chautemps et au déclenchement des émeutes antiparlementaires du 6 février 1934.
Le 23 décembre 1933, le directeur du Crédit communal de Bayonne, Gustave Tissier fut arrêté pour fraude et mise en circulation de faux-billets pour un montant de 235 millions de francs. On découvrit rapidement que Tissier n'était que l'exécutant du fondateur du Crédit communal, Serge Alexandre Stavisky, qui avait co-organisé cette fraude avec le député-maire de Bayonne, Dominique-Joseph Garat. Alexandre Stavisky avait été poursuivi pour fraude à plusieurs reprises au cours des années précédentes."

2 / Notes sur le film

Eléments historiques évoqués

Début des mesures anti-juives en Allemagne
Importance des journaux : le Matin, la Bonne Guerre, la volonté
Cartel des gauches au pouvoir en France
Mussolini au pouvoir en Italie
Contexte de la mauvaise conjoncture financière
Référence aux créances Hongroises garanties par le traité de Trianon
Séjour de Trotsky en France et expulsion.

La citation du film

« Mais vous qui êtes un homme de goût, comment pouvez vous fréquenter tous ces parlementaires radicaux-socialistes ?
- Je ne fréquente pas les radicaux-socialistes, baron, je fréquente le pouvoir. »

3 / Le verdict

un film plaisant à regarder, qui ne se veut pas une œuvre historique, mais qui est néanmoins marqué par le contexte de la France du début des années 30. De très bons acteurs, une réelle beauté plastique, seul le scénario semble un peu faible. Plus proche d’un bon téléfilm France 2 que des grandes œuvres d’Alain Resnais, on apprend de ce film peu de choses sur l’affaire Stavisky mais on a parfois l’impression de sentir l’atmosphère de l’époque, en marge du portrait psychologique de Serge Alexandre Stavisky élaboré par cette fiction.